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Oliver Mears, nouveau directeur du Royal Opera House (ROH)

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succèdera en mars 2017 à à la tête du Covent Garden (Royal Opera House, Londres). En tant que directeur artistique du Northern Ireland Opera, il s’est distingué ces six dernières années en construisant une nouvelle audience, en mettant en avant les œuvres de compositeurs irlandais et en créant le premier programme irlandais pour les jeunes artistes. Il a aussi dirigé des productions pour The Young Vic, Aldeburgh Music, l’Opera North, le Nederlandse Reisopera Holland, le Pimlico Opera, le Nevill Holt Opera, le Scottish Opera ou encore le Bergen National Opera.

Au Royal Opera House, l’art lyrique au pays de Shakespeare

En charge de la programmation lyrique de l’Opéra londonien depuis mars 2017, Oliver Mears définit les missions d’une salle internationale mais ancrée dans la culture anglaise.

Otello au Royal Opera House de Londres.

ZOOM 

Otello au Royal Opera House de Londres. / Catherine Ashmore

 

La Croix : Comment caractériser le Royal Opera House dans le paysage lyrique britannique et au-delà ?

Oliver Mears : Le ROH a toujours été la maison des chanteurs. De Maria Callas à Jonas Kaufmann aujourd’hui, en passant par Luciano Pavarotti, les meilleurs de chaque génération ont chanté ici. Le public le demande et cela est inscrit dans l’identité du théâtre.

Mais les stars ne suffisent pas, surtout à l’opéra qui est par essence un art collectif, sur la scène, dans la fosse et en coulisses. Le ROH est une maison d’envergure internationale qui doit offrir l’excellence, aussi bien sur le plan musical que dramatique – n’oublions pas que nous sommes au pays de Shakespeare !

Mais nous avons aussi une responsabilité au niveau national : nous sommes une compagnie britannique qui se doit d’être attentive et accueillante à l’égard des talents du pays. J’ajouterai enfin que, situé à Londres, cette ville fantastique et cosmopolite (45 % de la population y est étrangère), le ROH a, selon moi, la mission de refléter cette réalité en s’adressant au public le plus large et le plus divers possible.

CRITIQUE : Jonas Kaufmann habite Otello à Londres

La diffusion en direct d’une partie des spectacles chorégraphiques et lyriques dans les salles de cinéma contribue-t-elle à cette politique d’élargissement du public du ROH ?

O. M. : Absolument. Aussi bien au Royaume-Uni que dans le monde entier, puisque nous retransmettons nos spectacles dans 35 pays. L’opéra au cinéma est une expérience spécifique et excitante, grâce aux plans rapprochés sur les chanteurs – qui font comprendre combien leur art est exigeant et combien l’émotion qu’ils nous transmettent est le fruit d’une technique incroyable – mais aussi aux interviews durant les entractes que le public apprécie beaucoup. Et tout cela à un prix abordable.

Si les artistes nous disent qu’ils ne modifient en rien leur attitude en scène sous le regard des caméras, je pense que la pratique de l’opéra filmé contribue à rendre leur jeu plus juste et plus naturel. Keith Warner, le metteur en scène de notre nouvelle production d’Otello de Verdi, m’a dit qu’il ressentait cela.

Quant au réalisateur d’une captation en direct, il doit non seulement être un professionnel aguerri de l’image mais aussi un musicien sensible, par culture ou par instinct. Il doit savoir saisir l’intime comme le spectaculaire, laisser respirer la musique mais ne jamais lâcher le drame.

ENQUÊTE : Mariage d’amour entre l’opéra et le cinéma

Comment se construit une saison lyrique dans une maison telle que la vôtre ?

O. M. : De manière équilibrée et éclectique. Du répertoire baroque à la création contemporaine, l’histoire de l’opéra nous offre une palette infinie que nous devons honorer, en programmant à la fois des grands classiques toujours appréciés du public (l’an prochain nous proposons de nouvelles productions de La Bohème et de Carmen) mais également des ouvrages moins connus, voire totalement inédits.

Ainsi, c’est pour nous que le compositeur George Benjamin a écrit son nouvel opéra, Lessons in love and violence qui sera donné en mai 2018. C’est à Londres que Haendel a créé Ariodante, à Londres que Britten a créé Billy Budd. Nous sommes dans une continuité sur le long terme…

Le public du ROH est-il plus friand de mises en scène classiques ou de visions plus « modernes » ?

O.M. : Dans un pays où le théâtre tient une place essentielle depuis des siècles, le public recherche avant tout à être convaincu et touché sur le plan dramatique. Peu importe qu’une mise en scène soit traditionnelle ou plus avant-gardiste si elle parvient à raconter une histoire, à faire vivre des personnages, à transmettre l’émotion, la passion.

C’est ainsi que, sur la scène du ROH, le travail très radical d’un Krzysztof Warlikowski qui donnera l’an prochain Souvenirs de la Maison des morts de Janacek (premier ouvrage d’un cycle que nous consacrons à ce compositeur) trouve sa place au côté de celui, plus consensuel, de David McVicar dont nous reprendrons La Flûte enchantée de Mozart, Rigoletto de Verdi ou encore Salomé de Richard Strauss.

Le Royaume-Uni et Londres traversent actuellement une période difficile. L’art en général et l’opéra en particulier ont-ils un rôle particulier à jouer dans un tel contexte ?

O. M. : L’opéra est né de l’ambition de quelques hommes en Italie qui ont voulu retrouver le génie cathartique de la tragédie antique. Ils avaient la volonté de prendre en charge la violence humaine, individuelle et collective, et de la sublimer par la conjonction du texte et de la musique. Un spectacle réussi suppose que, sur le plateau comme dans la salle, un élan commun, une empathie, soient partagés, dans un temps et un lieu donnés, par un groupe d’individus. C’était vrai et essentiel dans la Grèce antique, cela reste vrai et essentiel aujourd’hui.

Recueilli par Emmanuelle Giuliani (à Londres)


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Jonas Kaufmann, ténor, à propos de sa carrière :

“Otello arrivera en juin 2017. Avant cela, je me produirai dans les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner. Ce sera à Munich en mai/juin 2016. Otello sera joué à Londres. J’ai d’autres projets sur la table mais il va falloir que je décide quand je chanterai Tannhäuser et Tristan.” “Le problème”, explique l’artiste allemand, “est que tout se plannifie cinq ou six ans avant et parfois même sept ans avant. Si je compte le temps qu’il me reste, je sais que je vais devoir jeter les dés dans peu de temps.”

Retrouvez le dans nos cinémas en Juin prochain !

 

 

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